Démarche qualité à l’Université Mohammed V Rabat (Maroc) : Exemple de l’autoévaluation institutionnelle de la Faculté des Sciences

Le principe de l’évaluation du système d’enseignement supérieur a été institué au Maroc par la loi n° 01.00 et l’Université Mohammed V de Rabat (UM5) a été la première université marocaine à s’être engagée dans un processus d’évaluation institutionnelle, inspirée du référentiel international (Processus de Bologne). En effet, elle a mené deux évaluations institutionnelles (interne et externe) de tous ses établissements, la première en 2006 et la deuxième en 2012.

Universite Mohammed V in Rabat.

Cet article se propose de présenter l’autoévaluation institutionnelle de la Faculté des Sciences de Rabat (FSR) pour la période 2009-2012 qui s’inscrit dans le cadre de la phase interne de l’évaluation institutionnelle de l’UM5A 2012. Son objectif est de partager la démarche et les outils adoptés dans cette expérience et de promouvoir la culture de l’autoévaluation institutionnelle. En effet, au vu de l’autonomie des universités et dans un contexte dominé par la globalisation et la compétitivité, ce processus s’impose dans toute stratégie ciblant l’adéquation entre les besoins de la société et les résultats des établissements de formation et de recherche.

Historique et caractéristique de la Faculté des Sciences de Rabat

La FSR a été créé en 1958 au sein de l’Université Mohammed après avoir fonctionné pendant près 7 ans en tant que « Centre d’Etudes Supérieures Scientifiques de Rabat ». Elle a été la première et l’unique faculté des sciences au Maroc jusqu’en 1978.

Durant la période de l’autoévaluation 2009-2012, la FSR était organisée en 6 départements : Biologie, Chimie, Géologie, Informatique, Mathématiques et Physique et comptait 10833 étudiantes et étudiants dont 1200 à l’Ecole doctorale, 405 enseignant-e-s chercheur-e-s, ainsi que 208 fonctionnaires (administratifs et techniques). La formation y était est assurée dans :

  • 33 formations initiales ( 6 Licences fondamentales, 7 Licences professionnelles, 11 Masters de recherche et 9 Masters spécialisés),
  • 10 formations continues (5 Licence professionnelle et 5 Master spécialisés )
  • 1 Centre d’Etudes Doctorales (CEDOC)

Dans le domaine de la recherche, la FSR comptait: 58 structures de recherche, 7 pôles de compétence sur les 16 accrédités à l’échelle nationale, 8 Unités de recherche associées au CNRST (URAC) et 3 laboratoires internationaux associés (LIA).

Déroulement et démarche de l’autoévaluation

L’autoévaluation a consisté en un bilan complet portant sur l’ensemble des missions et activités de l’établissement: gouvernance, formation et recherche. Par ailleurs, elle a impliqué toutes ses composantes: responsables administratifs et académiques, personnel enseignant, personnel administratif, personnel technique et population estudiantine. Elle s’est déroulée sur une période de près d’une année en trois grandes étapes : la préparation de l’autoévaluation, la mise en œuvre de l’autoévaluation et l’élaboration du rapport.

Phase de Préparation

1) Elaboration des outils de travail

  • Participation à l’élaboration du référentiel de l’UM5 Rabat avec la cellule Qualité etles commissions d’autoévaluation de tous les établissements de l’UM5 Rabat. Le référentiel est structuré selon 7 volets : a) politique et procédures pour le management de la qualité, b) élaboration, mise en œuvre et révision périodique des programmes et des diplômes, c) évaluation des étudiant-e-s, d) outils pédagogiques et soutien aux étudiant-e-s, e) système d’information, f) information au public et g) politique de recherche, développement et transfert de technologie. Chaque volet est décliné selon un ensemble de critères et sous critères ciblant des objectifs de qualité ou des bonnes pratiques. Les critères et les sous critères étant évalués par des indicateurs de performance permettant d’apprécier ou de mesurer une action ou un impact. Le référentiel ainsi construit s’appuie sur 41 critères, 133 sous critères dont 32 ne sont pas évalués par des indicateurs et 352 indicateurs de performance.
  • Conception de : i) 4 canevas des indicateurs de performance se rapportent à la gouvernance, la formation, la recherche et à l’école doctorale, ii) 12 questionnaires adressés aux : doyen, vices doyens, directeur de l’école doctorale, secrétaire général, chef de département, responsable de structure de recherche, responsable de filière pédagogique, responsables des bibliothèques, personnel enseignant, étudiant-e-s (Licence et Master) et doctorant-e-s et iii) 4 listes de documents d’appui destinés aux responsables académiques et administratifs.

2) Organisation d’une campagne d’information et de sensibilisation pour :

  • rappeler les grands principes de la démarche qualité dans l’enseignement supérieur,
  • expliquer la nature, l’esprit et le contexte de l’autoévaluation, ses objectifs, sa démarche et ses étapes,
  • répondre aux appréhensions et aux préjugés,
  • motiver le corps enseignant et la population estudiantine et s’assurer du concours des responsables académiques et administratifs.

Mise en œuvre de l’autoévaluation

1) Diffusions auprès des personnes concernées des : canevas des indicateurs de performance, questionnaires et listes des documents

2) Organisation de tables rondes de « Focus group » et d’entretiens

3) Collecte des données à partir : des projets de développement de l’établissement et autres publications, des questionnaires renseignés et auprès de tous les services (administration, gestion économique, scolarité, etc..)

4) Dépouillement et analyse des données, les informations recueillies à partir des questionnaires de la population estudiantine et les données relatives aux indicateurs quantitatifs des volets gouvernance, formation et recherche ont fait l’objet de traitements statistiques afin d’en analyser et interpréter les évolutions. Les informations recueillies à partir des autres questionnaires et à travers les tables rondes, les « focus group » et les entretiens, ont permis de renseigner les indicateurs qualitatifs, d’interpréter les évolutions des indicateurs quantitatifs et d’alimenter la synthèse et les recommandations du rapport d’autoévaluation.

Elaboration des livrables

Trois types de livrables ont été produits: le rapport d’autoévaluation, les annexes de ce rapport et les documents d’appui. Le rapport d’autoévaluation est à la fois descriptif et évaluatif, il est structuré en 5 parties.

  • Une introduction qui permet de préciser le contexte et les objectifs de l’autoévaluation institutionnelle.
  • La présentation de l’établissement et de sa position sur l’échiquier national.
  • La méthodologie et les outils adoptés pour l’autoévaluation.
  • Les résultats de l’autoévaluation, organisés dans 7 chapitres relatifs aux différents volets du référentiel : a) politique et procédures pour le management de la qualité, b) élaboration, mise en œuvre et révision périodique des programmes et des diplômes, c) évaluation des étudiant-e-s, d) outils pédagogiques et soutien aux étudiant-e-s, e) système d’information, f) information au public, g) politique de recherche, développement et transfert de technologie.
  • La conclusion et les recommandations, qui permettent de dresser un bilan des forces et des faiblesses de l’établissement en matière de gouvernance, de formation et de recherche et de proposer les stratégies d’amélioration.

Le dossier « Annexes », comporte: le référentiel codifié, les canevas des indicateurs de performance, les questionnaires, le planning des tables rondes et des groupes focus, les modalités et le timing de la diffusion des questionnaires, la liste des personnes ayant participé à l’autoévaluation, la liste des documents d’appui, la liste des abréviations, ainsi que les données quantitatives traitées statistiquement et présentées sous forme de tableaux et de diagramme évolutifs. Cette dernière annexe, constitue la source de l’information sur laquelle est basé le rapport.

Le dossier « documents d’appui » comporte tous les rapports, les statistiques brutes, les procédures, les textes réglementaires, les procès-verbaux des instances, les références, etc…sur lesquels s’est appuyée l’autoévaluation institutionnelle et qui sont essentiels pour l’évaluation externe.

Conclusion

Fondée sur la concertation et le respect de l’autonomie de toutes les composantes de la communauté de la FSR, cette autoévaluation a constitué un acte fort de gouvernance et de management ainsi qu’un véritable outil de mobilisation et de communication interne. En plus de constituer un élément essentiel sur lequel s’est basée l’évaluation externe, elle a offert à l’établissement l’opportunité d’évaluer la qualité de ses prestations et l’efficience de ses stratégies et procédures. Elle a également permis de disposer d’indicateurs de performance, outils importants d’aide à la construction de la politique de planification et de gestion stratégique et pour l’information au public, ainsi que d’une démarche et d’outils (canevas et questionnaires) pour les autoévaluations futures.